Effort/relâchement dans l’Asana (Yoga Sutra II 47)

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Dans le Hatha Yoga, l’Asana est une des étapes du Yoga, qui peut être définie comme une pratique physiologique/psychologique/spirituelle, une pratique philosophique, un cheminement de Connaissance, une transformation de sa relation au monde… etc. « Une pratique conçue et inclue dans une quête existentielle. »

Dans les textes de Hatha Yoga l’asana :

  • Est un prérequis pour le Pranayama, les Mantra et les pratiques méditatives
  • Est une forme d’ascèse qui purifie le karma et confère des facultés surnaturelles
  • Est une pratique thérapeutique.

Hatha yoga en sanskrit pourrait se traduire par « yoga de l’opiniâtreté » ou « yoga de la force » (soit dans ses modalités soit dans ses résultats).

C’est une forme de yoga qui dérive du Yoga de Patanjali et du Tantra, auxquelles se rajoute une codification des pratiques physiologiques.

« Voie de dépassement de puissance, le Hatha Yoga est une voie de volonté chevauchant les énergies féroces du cosmos et du corps humain. C’est la voie de l’effort violent. Violence liée à la conscience et au vouloir de façon à donner une chance, si minime soit elle au Yogi de se sortir des liens de la nature. Ces liens sont si profondement ancrés dans tous les niveaux de l’être humain, qu’une puissante volonté, s’apparentant à une violence terrible, est indispensable pour avancer sur ce chemin. Pourtant cette violence n’est pas egotique, dirigée contre ou pour quelque chose. Elle n’est qu’énergie fulgurante qui, tel l’éclair, pétrifie le mental et illumine la conscience. » C. Tikhomiroff

Il comprend des Kriya, des Asana, des Pranayama, des Mudra, dont certains ont des similitudes avec des Tapas (ascèses), en moins extrêmes. Ce Hatha yoga proposerait des adaptations de méthodes ascétiques pour un large publique, en alternative et/ou complément au Yoga de Patanjali, ou au Raja Yoga.

Les Asana sont mentionnés au début du Hatha Yoga Pradipika, juste après avoir cité la ligné, précisé les modalités externes, cité les obstacles (les excès de nourriture, les efforts trop violents, la loquacité, l’adhérence à des observances spéciales la fréquentation des gens, et l’instabilité), les facteurs de réussite (l’énergie, la promptitude, la persévérance, la connaissance de la réalité ultime, la certitude, l’abandon des relations avec les gens). Puis ayant rappelé 10 Yama et 10 Niyama, les Asana sont décrits, avec pour résultat la stabilité, la disparition de toute maladie et la légèreté du corps.

Pendant la description des Asana plusieurs fois le terme Prayatna (effort) sera mentionné.

Ce terme sanskrit Prayatna (effort) est une des modalités de l’Asana dans le Sutra de Patanjali (II 47).

Le Sutra II 47 indique les principes concernant les moyens, les techniques qui permettent d’atteindre l’état d’Asana défini par sthiram sukham II 46

II 47 Prayatna Saithilya ananta sampattibhyam

ananta samapatti : concerne l’état/l’activité englobant tous les aspects de l’individu, essentiellement ici le psychisme. Il indique une coïncidence, une identification avec Ananta (l’infini, Sesa, ou Prāna).

En tant que technique ananta samapatti est un Bhavana, (de la racine bhū, « devenir » : qui fait apparaître, qui détermine l’existence, une création mentale). Il est question de « faire advenir » l’infini en soi, en s’identifiant avec Ananta, de se voir exclusivement en tant que tel.

Le sans fin, Ananta est un serpent céleste sur lequel Vishnu (la cohésion, le maintient) repose endormi entre deux périodes de Manifestation. Dans la mythologie indienne, le serpent Ananta (Sesha) se tient, lové, à la base de l’univers. Il repose sur les eaux primordiales et accueille le sommeil cosmique de la divinité Vishnu, sous sa forme Narayana, premier stade de la conscience, après chaque cycle de destruction et avant qu’un nouveau cycle de régénération ne se mette en route sous l’impulsion de Brahma le créateur. Il est la représentation symbolique l’espace entre le développement et la résorption cyclique de l’univers. Réaliser samāpatti (que l’on peut aussi traduire par se fondre avec) dans Ananta, serait donc laisser ce mouvement cosmique de pause et de liaison entre émanation et dissolution s’incarner. Dans cet espace tout est contenu en équilibre, au repos, ce qui a été est résorbé, ce qui sera, en potentiel.

Saithilya ou sithilya : doux, relâché, détendu, lâche, faible

Prayatna : Pra- Yatna : Pra = antécédant, qui vient en premier ou prééminent, excellent, supérieur.

Yatna = effort, tentative, exercice, zèle

Prayatna : force motrice de l’action, intention qui sous tend l’action, état d’esprit associé à une tentative d’accomplir un acte (effort remarquable # effort ordinaire).

Prayatna , selon le Nyāya, est l’effort pour atteindre le bonheur ( pravṛtti ), pour éliminer le malheur ( nivṛtti ) et aussi l’effort vital.

 Plusieurs interprétations sont possibles concernant les principes des techniques pour accomplir l’état d’Asana :

  1. Par le relâchement de l’effort et à la fusion avec l’infini
  2. Par un effort de relâchement et l’identification avec l’infini
  3. Par l’apaisement de l’effort et la contemplation de l’infini

L’effort à relâcher dont il question ici serait l’attitude de tension habituelle volontariste, la mise en jeu de force, « qui agite et fait trembler le corps ». Selon Vaçcaspati, le yogi doit remplacer l’effort naturel par un « effort » yoguique spécial qui conduirait à la perfection des postures. Ce point de vue ouvrirait la possibilité d’utilisation des facultés d’actions différentes, où le seul effort à produire serait celui de ne pas utiliser son corps de façon « naturel », de relâcher l’effort naturel pour provoquer la réalisation de la posture. « Faire l’effort de ne pas faire d’effort ».

  1. Par un effort particulier (d’attention), la relaxation (des liens) et l’absorption dans l’infini.
  2. En relâchant l’intentionnalité de l’effort pour se fondre dans l’infini
  3. L’intention précédant l’acte est la détente pour/en s’identifiant à l’absolu
  4. L’intensité de l’engagement physiologique combiné à la détente psychique et à l’identification avec « ce qui n’a pas de fin. »

« La vraie posture est la stabilité dans le Soi » Ramana Maraharshi

Tous les liens dénoués, l’espace des corps se fond dans l’infini.

Une présence orientée, « Être actif dans l’inaction et inactif dans l’action »

 

Appliqué à la densité du corps, Prayatna Saithilya ananta samapatti, pourrait indiquer le dynamisme, la souplesse et la sensation d’espace. Ou les appuis, la détente et l’alignement, ou la cohésion, la disponibilité et le déploiement….

L’action, le geste juste : Savoir ce que l’on est en train de faire et comment on le fait, doser l’intensité de notre action dans la posture et à utiliser l’énergie juste nécessaire à sa construction et à sa tenue. Apprendre à connaître son corps et à en solliciter – ou pas – les différents éléments en toute conscience et de la façon la plus efficace possible.

Ibn Arabhi « le héros est celui dont n’émane jamais le moindre geste inutile. »

Dans les YS, les signes visibles de l’Asana sont sthiram sukham : stabilité et aisance, un peu comme un état d’apesanteur, une forme de suspension entre le mouvement et le repos, l’agitation et l’inertie … La posture est stable, c’est-à-dire inébranlable, c.-à-d., produit du confort.

Mais ces qualités corporelles sont indissociables de l’activité physiologique, énergétique et l’état d’esprit dans lequel la posture sera effectuée. Selon la vision du monde et de l’individu par les Yogi, il semble très probable que la pratique de l’asana ne consiste pas seulement à réaliser une certaine configuration corporelle, mais implique une combinaison complexe d’attitudes psycho-énergétiques-physiologiques.

Selon YS 2.48, le principal effet des performances posturales est de ne pas être affligé par les couples de sensations opposées. La notion de couple de sensations opposées fait référence à des sensations comme celle du chaud et du froid, ou la faim et la soif. L’absence de ces sensations permettrait au yogi de prendre le contrôle de la respiration et de rester en méditation pendant de longues périodes.

Le but de l’Asana serait (entre autre) de permettre au yogi de pratiquer le pranayama, ou de rester en état méditatif pendant de longues périodes sans ressentir son environnement et sans avoir à se soucier de boire ou de manger.